Sommaire Accueil Malgré le fait que sa culture littéraire était, selon toute apparence, très limitée, il écrivait, néanmoins, correctement la langue de Molière et celle de Shakespeare. Quoique le P. Lacouture ne fut point enclin aux tergiversations spéculatives, cela ne signifie nullement qu’il bouda pour autant l’étude puisqu’il ne cessera à l’occasion de ses multiples retraites de recommander aux prêtres, et cela avec forte insistance, la lecture des Pères de l’Église, des maîtres spirituels et spécialement de saint Jean de la Croix; mais, par-dessus tout, des Saintes Écritures. De plus, il ne fit aucun cas de ces pseudo-intellectuels qui s’égaraient, d’après lui, avec leur esprit de vertige dans de futiles et arides abstractions en lambinant avec des concepts et des mots, et en papillonnant d’une fable à l’autre. Enfin, il fut un fin psychologue et fort adroit à dépister les qualités et les travers des hommes. Aussi, connaissait-il en tout point "les mœurs" du clergé, des moines et des religieuses. Avec son langage bien typique et coloré, il s’efforcera, tout au long de ses prédications, de rendre l’homme plus raisonnable par des sentiers simples et communs. En avril 1931, alors âgé de cinquante ans, le père Lacouture prêcha sa première retraite sacerdotale; sa dernière devait avoir lieu en décembre 1939. Durant ces huit années, le père jésuite se livra à la prédication de cent trente-deux retraites à plus de trois milles prêtres séculiers et réguliers, et à cinq mille quatre cent, si on inclut ceux qui les suivirent à plus d’une reprise. Même si le P. Lacouture prêcha surtout aux membres du clergé, il ne cessa pas, pour autant, d’enseigner de temps à autre aux religieuses et aux laïcs. Réclamé partout et de plus en plus, le célèbre prédicateur dut se plier à de constants et laborieux déplacements. Évêques, prêtres séculiers et réguliers étaient avides de l’entendre. Pourtant, le programme du père Lacouture ne manquait pas d’austérité: retraite de huit jours en silence absolu, et comportant trente-trois instructions d’au moins une heure chacune. Onésime Lacouture fut, à n’en pas douter, à la fois un maître d’oraison et un pédagogue exceptionnel de l’action apostolique. En effet, d’une part, le père rappelait sans cesse à ses retraitants l’absolue nécessité de l’oraison, qu’il divisait en trois temps: une heure d’oraison le matin; une heure d’adoration quotidienne du Saint-Sacrement et la lecture continuelle des Saintes Écritures; d’autre part, il poussait les prêtres au zèle dévorant pour le salut des âmes; il les exhortait à prêcher tous les jours et à toutes les messes; à enseigner le catéchisme sans cesse; à organiser des oeuvres et surtout à visiter les plus démunis, à vivre avec eux, comme eux et pour eux. Ainsi, pour le père Lacouture, tout était affaire d’amour. Les effets bénéfiques de la prédication du père Lacouture ne tardèrent pas à se faire sentir, et cela avec une constance et fermeté exceptionnelle. "Au sortir des retraites, révèle l’abbé Anselme Longpré, nombreux furent les prêtres qui vendirent tous leurs biens, les donnèrent aux pauvres, se mirent à vivre une vie de pauvreté, de prière, d’adoration du Saint-Sacrement, reprirent l’étude de la Sainte Écriture et de la théologie… et travaillèrent avec un zèle dévorant au salut des âmes" De fait, une myriade de prêtres endossèrent à des degrés divers cette vie de pauvreté évangélique et incitèrent constamment leurs paroissiens ou leurs élèves à les imiter selon leur état de vie respectif. Ce mouvement, une fois déclenché, gagna la totalité des diocèses du Québec et plusieurs diocèses du nord des États-Unis. Le provincial des jésuites à l’époque, le P. Adélard Dugré, celui-là même qui allait être à peine quelques années plus tard l’un des grands artisans et maître d’œuvre de l’exil du père Lacouture, admettait dans une lettre qu’il adressait au Général des jésuites, le P. Ledochowski: "Il est très rare que, même les prêtres critiquent sa doctrine. On loue, au contraire, sa connaissance des Écritures, surtout de saint Paul, on relève plus souvent des incorrections de langage ". Selon une lettre de Mgr Desranleau, le majestueux et paterne évêque de Sherbrooke à l’époque: "Les résultats sont merveilleux. Jamais dans toute l’histoire religieuse du Canada pareil renouveau spirituel n’a été enregistré dans la vie des prêtres et des fidèles. C’est le plus profond mouvement spirituel connu depuis 300 ans. Jamais homme n’a fait apparemment plus de bien aux prêtres". Et plus loin Mgr Desranleau de rapporter ce propos de l’archevêque de Pittsburgh, Mgr McGuigan: "Cette prédication du P. Lacouture est l’unique dont nous avons besoin, la seule capable de réveiller notre clergé de son assoupissement." Enfin, Mgr Desranleau de conclure son appréciation du Père Lacouture par cette incroyable et indélébile mention: "Le Cardinal Villeneuve, d’après l’Acolyte, aurait dit en public après avoir lui-même suivi une retraite: "Since the time of St. Paul no priest has preached so forcibly as Fr. Lacouture". Nous mettrons un terme à ces quelques "recensements" par les affirmations suivantes du Cardinal Villeneuve qui, pour un long moment, fut extrêmement sympathique au père Lacouture mais devint, par la suite, l’un de ses plus acharnés adversaires. Le père J. Payne rapporte ainsi les impressions du primat du Canada au terme d’une retraite de 8 jours prêchée au personnel de l’Archevêché de Québec: "Mais il ne faut pas en inquiéter le Père; lui demander de changer – ce serait l’amoindrir; d’ailleurs l’ensemble de la retraite… a une énorme influence sur mon clergé; qu’il est en train de transformer". (…) L’un de ces évêques (au nombre de trois) dit en sortant de sa retraite: "je viens de passer 8 jours au ciel". Enfin dans une lettre qu’il adressait lui-même au P. Lacouture, le Cardinal y allait du commentaire suivant: "Concédant volontiers par tactique qu’on peut relever dans votre genre de l’insouci notoire et littéraire, et des exposés partiels qui restent incomplets ou sujets à des reprises et des précisions; j’ai nettement proclamé la solidité de votre doctrine générale".
Esprit sémillant et essentiellement pratique, possédant un jugement sain, le père Lacouture fut peu porté aux études spéculatives. Les dissertations et les discussions philosophiques ou théologiques ne l’attiraient point. (Extrait de la Thèse de M. Carl Strauch).
Biographie du P. Onésime Lacouture, sj LES RETRAITES: 1931-1939