Retour à l'accueil Sommaire Chapitre 1 De deux visions particulières que le Seigneur montra à mon âme et autres mystères et intelligences qui m'obligeaient à m'éloigner du terrestre en élevant mon esprit et mon habitation au-dessus de la terre.
Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils par amour.
1, 3, 27. J'ai vu le Très-Haut par l'intelligence comment Son Altesse était en Elle-même; et j'ai eu une intelligence claire, une notion véritable de ce qu'est Dieu infini et éternel en substance et en attributs, souveraine Trinité en trois Personnes et un seul vrai Dieu: trois Personnes afin que s'exercent les opérations de Se connaître, de Se comprendre et de S'aimer [c], et un seul Dieu pour obtenir le bien de l'unité éternelle. Dieu est Trinité de Père, Fils et Saint-Esprit. Le Père n'est ni fait, ni créé, ni engendré, ni ne peut l'être, ni avoir d'origine. J'ai connu que le Fils procède du Père, mais seulement par la génération éternelle; Ils sont égaux dans la durée et l'éternité; et Il est engendré de la fécondité de l'Entendement du Père. Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils par amour. Dans cette Trinité individuée, il n'y a aucune chose que l'on puisse dire antérieure ou postérieure, plus grande ni moindre: toutes les trois Personnes en Soi sont également éternelles et éternellement égales, car c'est une Unité d'essence et une Trinité de Personnes, un Dieu dans la Trinité individuée et trois Personnes dans l'unité d'une Substance. Les Personnes ne s'y confondent point pour n'y avoir qu'un Dieu et la Substance ne Se sépare pas ni ne Se divise pour y avoir trois Personnes; ces Personnes étant distinctes dans le Père et le Fils et l'Esprit-Saint, il n'y a qu'une seule et même Divinité. Elles possèdent également la Gloire et la Majesté; ainsi que la Puissance, l'Éternité, l'Immensité, la Sagesse, la Sainteté et tous les attributs. Et quoique les Personnes en qui subsistent ces perfections infinies sont trois, le Dieu véritable, Saint, Juste, Puissant, Éternel et sans mesure est Seul et Unique. 1, 3, 28. J'eus aussi l'intelligence de ce que cette divine Trinité se comprend d'une simple vue, et sans qu'il soit nécessaire d'avoir une nouvelle et distincte connaissance: le Père sait ce que sait le Fils, et le Fils et l'Esprit-Saint ce que sait le Père, et Ils S'aiment entre Eux réciproquement d'un même amour immense et éternel; c'est une unité égale et indivisible de comprendre d'aimer et d'opérer, parce que c'est une nature indivisible, simple et incorporelle; un Etre de vrai Dieu en qui toutes les perfections réunies et jointes ensemble se trouvent dans un degré suprême et infini. 1, 3, 29. J'ai connu la forme de ces perfections du Très-Haut qui est Beau sans laideur, Grand sans quantité, Bon sans qualité, Éternel sans temps, Fort sans faiblesse, Vie sans mortalité, Véritable sans fausseté, Présent en tout lieu, le remplissant sans l'occuper, car Il est en toutes choses sans extension; il n'y a point de contradiction dans Sa Bonté, ni de défaut dans Sa Sagesse; Il est inestimable en cette Sagesse, terrible en Conseil, juste en Jugement, très secret en Pensées, véritable en Paroles, saint en Oeuvres, riche en Trésors; c'est Lui qui n'est point agrandi par l'espace ni rétréci par l'étroitesse du lieu; c'est Lui dont la Volonté ne varie point, qui n'est point troublé de ce qui est triste, pour qui les choses passées ne passent point, ni les futures ne se succèdent point, à qui l'origine ne donne point de commencement, ni le temps ne donnera point de fin. O immensité éternelle! combien interminables sont les espaces que j'ai vus en toi! Quelle infinité je reconnais dans ton Etre infini! La vue ne se termine point ni ne s'achève en regardant cet Objet illimité! Et c'est l'Etre immuable, l'Etre au-dessus de tout être, la Sainteté très parfaite, la Vérité très constante. C'est l'Infini, la Latitude, la Longitude, la Hauteur, la Profondeur, la Gloire et sa cause, le Repos sans fatigue, la Bonté en un degré immense. J'ai vu tout cela ensemble et je ne puis réussir à dire ce que j'ai vu. 1, 3, 30. J'ai vu le Seigneur comme Il était avant de créer l'univers et je regardais avec admiration où le Très-Haut avait Son Siège, parce qu'il n'y avait point de ciel empirée, ni d'autres cieux inférieurs, ni soleil, ni lune, ni étoiles, ni éléments, le Créateur était seul sans aucune chose créée. Tout était désert, il n'y avait aucun être, ni Anges, ni hommes, ni animaux; et pour cette raison on doit nécessairement admettre que Dieu était dans Son Etre Même, et qu'Il n'avait aucune nécessité ni aucun besoin de toutes les choses qu'Il créa; parce qu'Il était aussi infini en attributs avant de les créer comme après, Il a eu et Il aura ces attributs de toute éternité, comme sujet indépendant et incréé. Aucune perfection simple et parfaite ne peut manquer à Sa Divinité, car seule cette Divinité est ce qu'Elle est et Elle contient toutes les perfections qui se trouvent dans toutes les créatures d'une manière ineffable et éminente; et tout ce qui a l'être est dans cet Etre infini comme les effets dans leur cause. 1, 3, 31. Je connus que le Très-Haut était dans l'état de Son Etre propre, lorsqu'il fut décrété, à notre manière de concevoir entre les trois divines Personnes de communiquer Ses perfections de manière à en faire des dons. Pour mieux m'expliquer, il faut que j'avertisse que Dieu comprend toute chose par un acte indivisible en soi, acte très simple et sans discours: car Il ne procède point de la connaissance d'une chose à la connaissance d'une autre, comme nous procédons nous-mêmes en discourant et en connaissant d'abord une chose par un acte de l'Entendement et ensuite une autre chose par un autre acte; mais Dieu connaît toutes les choses ensemble d'une fois sans qu'il y ait dans Son Entendement infini ni priorité ni postériorité, puisqu'elles sont toutes unies ensemble dans la connaissance et la science divine incréé comme elles le sont dans l'Etre de Dieu où elles sont renfermées et contenues comme dans leur premier principe. 1, 3, 32. Dans cette science qu'on appelle science de "simple intelligence", on doit considérer en Dieu, selon la précédence de l'Entendement à l'égard de la Volonté, on doit considérer dis-je un ordre non de temps, mais de nature, suivant lequel nous entendons d'abord qu'il y eut l'acte de l'Entendement, puis ensuite celui de la Volonté. Ainsi nous considérons d'abord en Dieu le seul acte d'Entendement, sans décret de vouloir créer aucune chose. Puis dans cet état ou instant, les trois Personnes divines conférèrent, par cet acte d'Entendement, sur la convenance des Oeuvres "ad extra", et de toutes les créatures qui ont été, qui sont et qui seront. 1, 3, 33. Sa Majesté voulut condescendre à répondre au désir que je Lui proposai, quoique indigne, de savoir l'ordre qu'Il garda, et celui que nous devons entendre dans la détermination de créer toutes les choses; je le demandais pour savoir la place que la Mère de Dieu, notre Reine occupa dans l'Entendement divin: je dirai comme je pourrai ce qu'Il me répondit et me manifesta et l'ordre que je compris dans ces idées en Dieu, les réduisant en instants; parce que sans cela, on ne peut accommoder à notre capacité la connaissance de cette science divine, qui s'appelle déjà ici "science de vision", à laquelle appartiennent les idées ou images des créatures qu'Il décréta de créer et qu'Il tint idéalisées dans Son Entendement, les connaissant infiniment mieux que nous les voyons et les connaissons, maintenant. 1, 3, 34. Puis quoique cette divine science soit une, très simple et très indivisible, néanmoins comme elle regarde plusieurs choses et que parmi ces choses il y a un ordre, car les unes sont premières et les autres viennent ensuite; les unes ont l'être ou existence par d'autres, avec dépendance des unes aux autres: pour cela il est nécessaire de diviser la science de Dieu et aussi Sa Volonté en plusieurs instants ou actes, qui correspondent à divers instants selon l'ordre des objets. Ainsi nous disons que Dieu entendit et détermina d'abord ceci, puis cela, l'un pour l'autre. Et que s'Il n'avait pas voulu ou connu d'abord par une science de vision une chose, Il n'aurait pas voulu l'autre. Mais l'on ne doit pas entendre pour cela que Dieu ait plusieurs actes de comprendre ni de vouloir; mais nous voulons signifier que les choses sont enchaînées entre elles et qu'elles se succèdent les unes aux autres; et afin de mieux les imaginer avec cet ordre objectif, nous refondons, pour mieux les entendre, le même ordre dans les actes de la science et de la Volonté divines.
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