Sommaire Retour à l'accueil Suite... Chapitre 5 Des intelligences que le Très-Haut me donna de la Sainte Écriture, en confirmation du chapitre précédent; elles sont du chapitre huit des Proverbes.
«Dans le principe, avant que rien ne fût fait. Dès l'éternité je fus ordonnée et dès les choses anciennes.»
1, 5, 52. Je parlerai à votre grande Majesté, Seigneur, puisque Vous êtes Dieu de Miséricorde, quoique je ne sois que poussière et cendre (Gen. 18:27) et je supplierai Votre Grandeur incompréhensible de regarder de Votre trône très sublime cette créature très vile et plus qu'inutile, et de M'être propice en me continuant Votre lumière pour éclairer mon entendement. Parlez, Seigneur, car Votre servante écoute (1 Rois 3:10). Le Très-Haut, le Correcteur des sages (Sag. 7:15), parla donc. Il me renvoya au chapitre huit des Proverbes, où Il me donna l'intelligence de ce mystère, comme il est contenu dans ce chapitre; et la lettre me fut d'abord déclarée comme suit: 1, 5, 53. «Le Seigneur me posséda dans le principe de ses voies, avant de faire aucune chose, dès le commencement (Prov. 8:22-31). Dès l'éternité j'ai été ordonnée et dès les choses anciennes avant que la terre fut faite. Les abîmes n'étaient même pas et j'étais conçue: les fontaines des eaux n'avaient même pas surgi, les montagnes n'étaient pas encore assises avec leur grave poids: avant les collines j'étais engendré: avant que la terre fût faite, ainsi que les fleuves et les fondements du globe. Quand il préparait les cieux j'étais présente; quand avec une loi certaine et un cercle il faisait une digue aux abîmes: quand il affermissait les cieux en haut et qu'il pesait les fontaines des eaux, quand il entourait la mer de ses limites, et qu'il posait une loi aux eaux afin qu'elles ne sortissent point de leurs bornes, quand il posait les fondements de la terre, j'étais avec lui composant toutes les choses, et je me réjouissais tous les jours, jouant en sa présence en tous temps; jouant dans le globe des terres, et mes délices et mes complaisances sont d'être avec les enfants des hommes.» 1, 5, 54. Jusqu'ici est le passage des Proverbes dont le Très-Haut me donna l'intelligence. Et d'abord je compris qu'Il parlait des idées ou décrets qu'Il eut dans Son Entendement divin avant de créer le monde; et qu'Il parlait à la lettre de la Personne du Verbe Incarné et de Sa Très Sainte Mère, et mystiquement des saints Anges et des Prophètes: parce qu'avant de faire aucun décret et de former les idées de créer le reste des créatures matérielles, l'Humanité Très Sainte de Jésus-Christ et Sa Mère très pure furent décrétées, et c'est ce que signifient les premières paroles. 1, 5, 55. «Le Seigneur me posséda dans le principe de Ses voies.» En Dieu il n'y avait point de voies, Sa Divinité n'en avait pas besoin; mais Il le fit, afin que par elles toutes les créatures capables de Sa connaissance le connussent et allassent à Lui. Dans ce principe, avant qu'aucune autre chose fût fabriquée dans Son idée, quand Il allait faire des sentiers et ouvrir des voies dans Son Entendement divin pour communiquer Sa Divinité, pour donner commencement à tout, Il décréta premièrement de créer l'Humanité du Verbe qui devait être la Voie par où les autres devaient aller au Père (Jean 14:6). Et joint à ce décret fut celui de Sa Très Sainte Mère [a], par laquelle Sa Divinité devait venir au monde, Se formant et naissant d'Elle, Dieu et Homme; et pour cela il dit: «Dieu me posséda,» parce que Sa Majesté posséda les Deux: le Fils, car selon la Divinité, Il était la Possession, la Propriété et le Trésor du Père, sans pouvoir Se séparer de Lui, parce qu'Ils sont une même Substance et une même Divinité avec l'Esprit-Saint. Il Le posséda aussi selon l'humanité, par la connaissance et le décret de la plénitude de grâce et de gloire qu'Il devait Lui donner dès Sa création et Son union hypostatique. Et ce décret et cette possession ayant à s'exécuter par le moyen de la Mère qui devait engendrer et enfanter le Verbe puisqu'Il ne détermina point de créer Son corps et Son âme de rien, ni d'une autre matière, il était conséquent de posséder Celle qui devait Lui donner la forme humaine. Et ainsi Il la posséda et Se L'adjugea dans ce même instant, voulant efficacement qu'en aucun temps ni moment, le genre humain ni aucun autre n'eut droit ni part en Elle du côté de la grâce, mais le Seigneur même qui Se levait avec cette propriété comme Sa seule part, et aussi seulement Sienne qu'Elle devait l'être pour Lui donner la forme humaine de sa propre substance, Elle seule l'appeler Fils, et Lui seul l'appeler Mère, et Mère digne d'avoir Dieu pour Fils, devant Se faire homme. Et comme Elle précédait toutes les créatures en dignité, de même Elle les précéda dans la Volonté et l'Entendement du suprême Créateur. Pour cette raison Elle dit: 1, 5, 56. «Dans le principe, avant que rien ne fût fait. Dès l'éternité je fus ordonnée et dès les choses anciennes.» Dans cette éternité de Dieu que nous concevons maintenant comme imaginant un temps interminable, quelles étaient les choses anciennes si aucune n'était créée? Il est clair que le texte parle des trois Personnes divines, et c'est dire que dès Sa Divinité sans principe et de ces choses qui seules sont anciennes qui est la Trinité individuée, puisque tout le reste qui a un commencement est moderne, Je fus ordonnée, lorsque l'antique Incréé (Dan. 7:9) seul précédait, et avant que fût imaginé le futur créé. L'union hypostatique tint le milieu entre ces deux extrêmes; et cette union hypostatique s'opéra par l'intervention de la Très Sainte Marie; ainsi les deux furent ordonnés immédiatement après Dieu et avant toute créature. Et ce fut la plus admirable ordonnance qui ait jamais été faite et qui ne se fera jamais. La première et la plus admirable image de l'Entendement de Dieu, après la génération éternelle fut Jésus-Christ et ensuite Sa Mère. 1, 5, 57. Et quel autre ordre peut-il y avoir en Dieu où l'ordre est que ce qu'Il a en Soi soit joint tout ensemble, sans qu'il soit nécessaire qu'une chose suive une autre, ni qu'aucune n'attende les perfections d'une autre pour se perfectionner, ou qu'elles se succèdent entre elles. Dans Sa nature éternelle tout fut, est et sera toujours ordonné. Ce qu'Il ordonna fut que la Personne du Fils s'incarnerait et que par cette Humanité unie à Dieu commença l'ordre de l'agrément divin et de Ses décrets et qu'Elle fût le Chef et l'exemplaire de tous les autres hommes et de toutes les créatures et qu'à ce Chef tous fussent ordonnés et subordonnés; parce que tel était le meilleur ordre, le concert et l'harmonie des créatures qu'il y en eut Un qui fût Premier et Supérieur et qu'ainsi toute la nature fut ordonnée et en particulier les mortels. Et parmi ceux-ci, la première était la Mère du Dieu Homme, comme étant la suprême pure Créature et la plus immédiate au Christ et en Lui à la Divinité. Selon cet ordre furent dirigés les conduits de la fontaine cristalline qui sortait du trône de la nature divine, acheminée d'abord à l'Humanité du Verbe (Apoc. 22:1) et ensuite Sa Mère Très Sainte dans le degré et la manière possible à une pure Créature Mère du Créateur. Et le convenable était que tous les attributs divins fussent versés en Elle, sans qu'il lui en fût refusé aucun, en autant qu'Elle était capable de les recevoir; afin qu'Elle fût inférieure à Notre Seigneur Jésus-Christ seul, et supérieure en degrés incomparables de grâce à tout le reste des créatures capables de grâces et de dons. Tel fut l'ordre si bien disposé par la Sagesse, de commencer par Jésus-Christ et Sa Mère, et ainsi le texte ajoute: 1, 5, 58. «Avant que la terre fût faite, les abîmes mêmes n'étaient pas encore et j'étais conçue.» Cette terre fut celle du premier Adam; et avant que sa formation fût décrétée et que dans l'Entendement divin les abîmes des idées "ad extra" fussent formés, Notre Seigneur Jésus-Christ et Sa Mère étaient idéalisés et formés. On les appelle abîmes, parce qu'entre l'Etre de Dieu incréé et celui des créatures, il y a une distance infinie: et celle-ci se mesure à notre manière de concevoir, quand les créatures seules furent idéalisées et formées, car alors aussi furent formés à leur manière ces abîmes de distance infinie. Or avant tout cela, le Verbe était déjà conçu, non-seulement par Sa génération éternelle du Père, mais aussi Sa génération temporelle d'une Mère Vierge et pleine de grâce était décrétée et conçue dans l'Entendement divin; parce que sans la Mère et une telle Mère, le décret de cette génération temporelle ne se pouvait [b] déterminer par un décret efficace et accompli. C'est donc alors que la Très Sainte Marie fut conçue dans cette immensité béatifique, que sa mémoire éternelle fut écrite dans le sein de Dieu, afin qu'Elle n'en fût jamais effacée pendant tous les siècles et les éternités. Et ainsi Elle demeura toujours étampé et désignée par le suprême Artiste dans son propre entendement et possédée de Son amour par un embrassement inséparable. 1, 5, 59. «Les fontaines des eaux n'avaient pas même surgi.» Les images ou idées des créatures n'étaient pas même sorties de leur principe ou origine; parce que les sources de la Divinité ne s'étaient pas ouvertes par la Bonté et la Miséricorde comme par des conduits, pour que la Volonté divine Se déterminât à la création de l'univers et à la communication de Ses Attributs et de Ses Perfections: Parce qu'à l'égard de tout le reste de l'univers, ces eaux et ces sources refoulées et retenues au dedans de l'immense océan de la Divinité n'étaient même pas: et dans Son Etre même, il n'y avait point de source ni de courant pour Se manifester et ils n'avaient point été acheminés vers les hommes; mais lorsqu'ils le furent, ils étaient déjà dirigés vers l'Humanité Très Sainte et Sa Mère Vierge. Et ainsi le texte ajoute: