Suite... Sommaire Retour à l'accueil Chapitre 11 Dans la création de toutes les choses Dieu eut présents Notre Seigneur Jésus-Christ et Sa Très Sainte Mère, et Il élut et favorisa Son peuple figurant ces mystères.
Le Très-Haut regardait Son Fils Unique fait homme et la Très Sainte Vierge comme des Exemplaires qu'Il avait formées par la grandeur de Sa Sagesse et de Sa puissance.
1, 11, 134. La Sagesse dit Elle-même, au chapitre huit des Proverbes, qu'Elle se trouva présente à la création de toutes les choses, les composant toutes avec le Très-Haut. Et j'ai déjà dit que cette Sagesse est le Verbe fait homme qui était présent avec Sa Très Sainte Mère quand Dieu déterminait dans Son Entendement divin la création de tout le monde; parce que dans cet instant, le Fils n'était pas seulement avec le Père Éternel et l'Esprit-Saint, dans l'unité de la nature Divine, mais aussi l'humanité qu'Il devait prendre, avec Sa Très Sainte Mère qui devait Lui en fournir la matière de ses entrailles très pures était au premier rang de toutes les créatures prévues et idéalisées dans l'Entendement divin du Père. Et dans ces deux Personnes, Jésus-Christ et Sa Mère, furent prévues aussi toutes leurs Oeuvres dont le Très-Haut Se tenait pour satisfait, afin de ne point faire attention, selon notre manière de parler, à tout ce que le genre humain et les Anges même qui tombèrent pouvaient faire pour Le détourner de procéder à la création de tout le reste du monde et des créatures qu'Il préparait pour le service de l'homme. 1, 11, 135. Le Très-Haut regardait Son Fils Unique fait homme et la Très Sainte Vierge comme des Exemplaires qu'Il avait formées par la grandeur de Sa Sagesse et de Sa puissance, pour Lui servir comme d'originaux sur lesquels Il copiait tout le genre humain, afin qu'en assimilant les autres créatures humaines à ces deux Images de la Divinité, elles sortissent aussi, moyennant ces Exemplaires, semblables à Dieu. Il créa aussi les choses matérielles nécessaires pour la vie humaine; mais avec une sagesse telle que quelques-unes pussent servir aussi de symboles pour représenter en quelque manière les deux Objets qu'Il regardait principalement et auxquels ces choses devaient servir, Jésus-Christ et la Très Sainte Marie. Pour cela Il fit les deux luminaires dans le ciel, le soleil et la lune (Gen. 1:16), qui en séparant la nuit et le jour, représentent, Jésus-Christ, le Soleil de Justice et Sa Très Sainte Mère qui est belle comme la lune (Cant. 6:9); et qui séparent la lumière et le jour de la grâce de la nuit du péché; et par ces influences continuelles, le soleil éclaire la lune et tous les deux éclairent toutes les créatures depuis le firmament et ses astres et les autres jusqu'aux extrémités de l'univers. 1, 11, 136. Il créa les autres choses et Il leur ajouta plus de perfection, considérant qu'elles devaient servir au Christ et à Sa Très Sainte Mère, et grâce à Eux, aux autres hommes, pour lesquels Il prépara, avant qu'ils fussent sortis du néant, une table savoureuse, abondante, assurée et plus mémorable que celle d'Assuérus (Esth. 1:3), car Il voulait les créer pour Ses complaisances et les convier aux délices de Sa connaissance et de Son amour, afin qu'ils ne perdissent point de temps en ce qui leur importait si fort, comme de reconnaître et de louer leur tout-puissant Auteur. 1, 11, 137. Au sixième jour de la création Il forma et créa Adam comme à l'âge de trente-trois ans, âge que Notre Seigneur Jésus-Christ aurait à Sa mort et si semblable à Sa Très Sainte Humanité qu'on aurait eu peine à les distinguer quant au corps et Il le fit aussi semblable au Christ dans son âme. Et d'Adam, Il forma Ève si semblable à la Vierge, qu'elle l'imitait en tous ses traits et toute sa personne. Le Seigneur regardait avec une bienveillance et une complaisance souveraines ces deux portraits des Originaux qu'Il devait créer en leur temps, et en leur considération Il donna à Adam et à Ève plusieurs bénédictions, comme pour s'entretenir avec eux et leurs descendants, pendant qu'arrivait le jour où Il devait former Jésus-Christ et Marie. 1, 11, 138. Mais l'heureux état dans lequel Dieu avait créé les deux premiers parents du genre humain dura très peu; car aussitôt l'envie du serpent contre eux se réveilla, attentif qu'il était à leur création, bien que Lucifer ne put voir la formation d'Adam et d'Ève comme il vit toutes les autres choses à l'instant qu'elles furent créées, parce que le Seigneur ne voulut point lui manifester l'Oeuvres de la création de l'homme, ni non plus la formation d'Ève de l'une de ses côtes, car Sa Majesté lui cacha tout cela pendant quelque temps qu'ils furent ensemble. Mais lorsque le démon vit la composition admirable de la nature humaine au-dessus de toutes les autres créatures, la beauté des âmes ainsi que celle des corps d'Adam et d'Ève, et qu'il connut l'amour paternel avec lequel le Seigneur les regardait, qu'Il les faisait seigneurs et maîtres de toutes les créatures, qu'Il leur donnait des espérances de la Vie éternelle; ce fut ici que la colère du dragon s'enflamma davantage et il n'y a pas de langue qui puisse manifester l'altération et les bondissements de cette bête féroce que son envie excitait à les faire mourir, comme l'aurait fait un lion, s'il n'avait connu qu'une autre force plus haute le retenait; mais il conférait des moyens et il en imaginait pour les renverser de la grâce du Très-Haut et les retourner contre Lui. 1, 11, 139. Ici Lucifer se trompa; parce que dès le principe le Seigneur lui avait manifesté que le Verbe devait Se faire homme dans le sein de la Très Sainte Marie en ne lui déclarant point ni le lieu ni le temps; pour cela, Il lui cacha la création d'Adam et la formation d'Ève, afin que dès lors il commençât à sentir cette ignorance du Mystère et du temps de l'Incarnation. Et comme sa colère et sa vigilance étaient principalement attentives contre le Christ et Marie, il soupçonna si Adam était sorti d'Ève et si elle était la Mère et si Adam était le Verbe Incarné. Et ce soupçon croissait davantage [e] dans le démon de ce qu'il sentait cette vertu divine qui le retenait de les offenser dans leur vie. Mais d'un autre côté, comme il connut ensuite les Préceptes que Dieu leur imposa, et qui ne lui furent point cachés, parce qu'il entendit la conférence qu'Adam et Ève eurent sur ce Précepte, il sortit peu à peu du doute; puis il écoutait les entretiens des deux premiers parents, il éprouvait leur caractère, commençant aussitôt à les entourer comme un lion affamé (1 Pet. 5:8), et à chercher entrée par les inclinations qu'il connaissait en chacun d'eux. Mais jusqu'à ce qu'il fut détrompé tout à fait, il vacillait toujours entre la colère contre le Christ et Marie et la crainte d'être vaincu par la Reine du ciel qui n'était qu'une pure Créature et non pas Dieu. 1, 11, 140. Réfléchissant donc au Précepte qu'Adam et Ève avaient reçu, armé du mensonge trompeur, Lucifer commença par Ève à les tenter, faisant tout son possible pour s'opposer et pour contrevenir à la Volonté divine. Il n'attaqua pas l'homme d'abord, mais la femme, car il la connut d'un naturel plus délicat et plus faible et il était plus certain qu'elle n'était pas le Christ, et parce qu'il avait contre la Femme une souveraine indignation, depuis le Signe qu'il avait vu dans le ciel et la menace que Dieu lui avait faite concernant cette Femme. Tout cela l'incita à assaillir d'abord Ève plutôt qu'Adam. Et avant de se manifester à elle, il lui suggéra plusieurs pensées et imaginations fortes et véhémentes, afin de la trouver troublée et disposée de quelque manière. Et comme j'ai écrit sur ce sujet dans un autre endroit, je ne m'étendrai pas à dire ici combien il la tenta violemment et inhumainement; il suffit maintenant à mon intention de savoir ce que les Saintes Écritures disent: qu'il prit la forme de serpent (Genn. 3:1) et qu'en cette forme il parla à Ève qui entretint la conversation, ce qu'elle ne devait point faire, puisqu'après l'avoir écouté et lui avoir répondu, elle passa à lui donner créance, et de là à violer le Précepte par elle-même; et à la fin à persuader à son mari de Le violer, à son dommage et à celui de tous, perdant pour eux et pour nous l'heureux état dans lequel le Très-Haut les avait placés. 1, 11, 141. Lorsque Lucifer eut vu la chute d'Adam et d'Ève, et que la beauté de la grâce et de la justice originelle s'était changée en la laideur du péché, la joie et le triomphe qu'il manifesta à ses démons furent incroyables. Mais il les perdit bientôt, parce qu'il connut combien l'amour Divin Se montrait miséricordieux et plein de pitié envers les deux délinquants, et qu'Il leur donnait lieu à la pénitence et à l'espérance du pardon et de Sa grâce, auxquels ils se disposaient par la douleur et la contrition. Lucifer connut que la beauté de la grâce et l'amitié de Dieu leur était restituées; par là l'enfer fut de nouveau tout troublé, voyant les effets de la contrition. Son tourment s'accrut encore en entendant la sentence que Dieu fulminait contre les coupables dans laquelle le démon aussi était compris: et il était surtout tourmenté d'entendre que cette menace lui était répétée sur la terre: «La Femme t'écrasera la tête,» comme il l'avait ouïe dans le ciel. 1, 11, 142. Les enfantements d'Ève se multiplièrent après le péché et par là se fit la distinction et la multiplication des bons et des mauvais, des élus et des réprouvés; les uns qui suivent notre Rédempteur et Maître Jésus-Christ et d'autres Satan. Les élus suivent leur Chef par la foi, l'humilité, la charité, la patience et toutes les vertus: et pour obtenir le triomphe, ils sont assistés, aidés et embellis par la grâce Divine et les Dons que le même Seigneur et Réparateur de tous leur a mérités. Mais les réprouvés, sans recevoir ces bienfaits et ces faveurs de leur faux Chef, ni attendre d'autres récompenses que la peine et la confusion éternelles de l'enfer, le suivent par orgueil, présomption, ambition, turpitude, méchanceté, toutes introduites par le père du mensonge (Jean 8:44) et l'auteur du péché. 1, 11, 143. Néanmoins l'ineffable bénignité du Très-Haut donna Sa bénédiction à nos premiers parents, afin qu'avec elle le genre humain s'accrût et se multipliât (Gen. 5:3-4). Mais Sa très sublime Providence permit que le premier enfantement d'Ève portât les prémices du premier péché dans l'injuste Caïn, et que le second indiquât dans l'innocent Abel, le Réparateur du péché, Notre Seigneur Jésus-Christ; commençant à le signaler conjointement en figure et en imitation, afin que dans le premier